Réforme des pensions: «Enseignant, un métier de plus en plus lourd»

Journée spéciale rentrée des classes. A quoi doivent s’attendre les enseignants en matière de pensions ? Résumé de notre débat entre Daniel Bacquelaine, ministre en charge, et Pascal Chardome (CGSP-Enseignement).

Quelles mesures sont nécessaires pour les pensions des enseignants ?

Daniel Bacquelaine : La philosophie globale de la réforme est de faire en sorte que le système soit soutenable. Pour cela, tout le monde doit travailler plus longtemps, pour se mettre dans la moyenne européenne. Nous devons tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie.

Une spécificité pour les profs ?

D.B. : Il y a une spécificité pour les fonctionnaires, avec deux mesures particulières : nous allons supprimer progressivement la prise en compte des années d’études dans le calcul de la durée de carrière pour harmoniser le système. Cela touche tous les fonctionnaires, dont les enseignants. Par ailleurs, les âges de la retraite anticipée sont remontés. Ce sont principalement des mesures prises sous le gouvernement Di Rupo. 62 ans en 2016 : 62,5 ans en 2017, 63 ans en 2018. Les durées de carrière ont aussi été prolongées sous le gouvernement Di Rupo à 42 ans, nous allons les porter à 43 ans pour les pensions anticipées.

Nous allons évidemment tenir compte des spécificités des métiers, de leur pénibilité. Cela va se faire en comité national pensions, en concertation.

Pascal Chardome, vous estimez que ces mesures constituent une double peine pour les profs. Pourquoi devraient-ils échapper à ces mesures qui concernent l’ensemble de la population ?

Pascal Chardome : En ce qui concerne les enseignants, on ne va pas travailler un peu plus, mais plusieurs années en plus, dans certains cas de 5 à 6 ans. La plupart des enseignants n’arriveront plus à un âge où ils pourront demander une retraite anticipée. On a gommé les spécificités du métier d’enseignant. Un jeune qui va commencer une carrière d’enseignant à 25 ans va se voir exiger 42 ans de carrière. Faites le calcul : cela fait 67 ans, donc l’âge de la pension légale…

D.B. : C’est faux. Je fais face à de la désinformation organisée, avec un but politique. Une institutrice qui commence à travailler à la fin de ses études, à 21 ans – et ce n’est pas facile d’en trouver – pourra partir à 62 ans, et en DPPR à 58,5 ans.

P.C : C’est faux, il faudra atteindre 42 ans de carrière, et c’est impossible. Les enseignants vont travailler plus longtemps et n’ont pas la certitude d’avoir une meilleure pension.

D.B. : Non, c’est 42 ans théoriques, dans les faits ce sera 38. Mais la réforme des pensions n’est pas bouclée. Le comité national des pensions se réunira en septembre. Nous parlerons en priorité de la pénibilité des fonctions et de la pension partielle car il faut travailler sur l’aménagement des fins de carrière.

P.C. : Si vous me dites que demain il suffira d’être prof pour être reconnu comme métier lourd, je signe des deux mains, mais je sais que ce ne sera pas le cas. Comment va-t-on définir qu’une institutrice maternelle a un métier lourd ? On va opposer les fonctions. N’importe quel enseignant vous dira que son métier est de plus en plus pénible. On a des enfants de plus en plus difficiles à gérer, à mener vers la certification. On a un problème de pénurie de profs. On va vers de grosses difficultés à garder les jeunes profs dans le métier.

L’impact financier de ces mesures ? Va-t-on travailler 2 ans de plus pour 11.000 euros de moins, comme le dit la CSC ?

D.B. : On a fait toutes les simulations possibles, aucun enseignant n’ira jusqu’à 67 ans. Sauf ceux qui commencent à 40 ans, évidemment !

P.C. : Cela pourrait arriver, si l’on n’est pas reconnu comme métier lourd. Je pense que l’intention du gouvernement est d’aligner les pensions des fonctionnaires, sur l’ensemble des pensions.

D.B. : C’est vrai, nous voulons davantage d’harmonisation pour arriver à un système de pensions à points où chacun accumulera au fur et à mesure de sa carrière un certain nombre de points sur son compte personnel, en fonction du travail qu’il effectue. Ces points seront dépendants notamment du critère de pénibilité. On ne parlera plus de « tantièmes préférentiels », un système abracadabrant qui date du 19e siècle, qui est un système de privilèges. Il faut en revenir à un système plus simple de calcul des pensions, mais certainement pas les diminuer. Car si vous diminuez le pouvoir d’achat des 2,8 millions de pensionnés que compte la Belgique, vous pouvez dire adieu à la croissance et à la relance. Au contraire, ce gouvernement veut augmenter leur pouvoir d’achat.